Le nombre de variétés de choux n’est pas un chiffre figé, et c’est justement ce qui rend le sujet intéressant. Entre la classification botanique, les noms de marché et les formes issues de la domestication, on passe d’une poignée de grands types à plus de vingt groupes selon la manière de compter. Je vais clarifier cette diversité, montrer d’où elle vient biologiquement et expliquer pourquoi le chou est un cas d’école de l’évolution sous sélection humaine.
L’essentiel à retenir sur la diversité des choux
- Il n’existe pas un seul total : tout dépend du niveau de classement utilisé.
- Pour Brassica oleracea, on parle surtout d’une dizaine à une quinzaine de grands types culinaires.
- En botanique, on distingue souvent plus de 20 groupes ou sous-groupes si l’on détaille les formes.
- La diversité vient de la sélection sur les feuilles, les bourgeons, la tige et l’inflorescence.
- Certains “choux” du quotidien appartiennent à d’autres espèces du genre Brassica, ce qui brouille le comptage.
Pourquoi le total change selon la façon de compter
Si l’on veut répondre proprement, il faut séparer trois choses : l’espèce, la variété botanique et le nom culinaire. En pratique, le mot “chou” couvre un ensemble beaucoup plus large que le seul chou pommé. Je préfère donc parler d’ordres de grandeur plutôt que d’un chiffre magique qui serait faux dès qu’on change de grille de lecture.
- Au sens strict, on compte d’abord les formes de Brassica oleracea, l’espèce qui a donné une grande partie des choux européens.
- Au sens large, on ajoute les cultivars et les groupes horticoles, qui peuvent multiplier les appellations pour une même lignée.
- Au sens courant, on inclut parfois des choux asiatiques ou des Brassica proches, ce qui élargit encore le total.
C’est pour cela qu’un même légume peut apparaître sous plusieurs noms, ou au contraire partager son nom avec des plantes très proches mais pas identiques. Une fois ce cadre posé, le vrai sujet devient plus intéressant : comment une seule espèce sauvage a-t-elle pu produire autant de formes différentes ?
Une seule espèce sauvage à l’origine d’une grande diversité
Le point de départ est le chou sauvage, une plante robuste adaptée aux littoraux pierreux. Son ancêtre a conservé une marge de manœuvre biologique importante : selon les pressions de sélection, certaines parties de la plante pouvaient être favorisées plutôt que d’autres. C’est là que la domestication entre en scène.
La sélection humaine a agi sur des organes très différents. Quand on favorise les feuilles, on obtient des formes feuillues comme le kale ; quand on favorise le bourgeon terminal, on obtient un chou pommé ; quand on favorise les boutons floraux ou les inflorescences, on obtient brocoli ou chou-fleur. Le méristème apical — la zone de croissance située au sommet de la tige — est au cœur de ce mécanisme, parce qu’il contrôle en partie la forme finale de la plante.
Cette plasticité n’est pas un miracle isolé. Elle montre comment la sélection artificielle peut accentuer, en quelques millénaires, des différences déjà possibles chez l’ancêtre sauvage. Et c’est précisément ce glissement qui explique les grands types de choux encore cultivés aujourd’hui.

Les grandes familles de choux à connaître
Pour un lecteur curieux, le plus utile n’est pas d’empiler les noms, mais de comprendre ce qui change réellement d’un type à l’autre. Voici les formes les plus parlantes si l’on reste dans le groupe des choux cultivés autour de Brassica oleracea et de ses proches parents.
| Type | Partie surtout consommée | Ce que cela montre biologiquement |
|---|---|---|
| Chou cabus / chou pommé / chou blanc | Feuilles serrées en pomme | Sélection du bourgeon terminal et compaction des feuilles |
| Chou rouge | Feuilles serrées en pomme | Même architecture que le chou cabus, avec des pigments anthocyaniques |
| Chou de Milan | Feuilles pommées, plus gaufrées | Variation de texture et de morphologie foliaire |
| Chou frisé / kale | Feuilles | Forme proche de l’état ancestral, sans pomme compacte |
| Chou de Bruxelles | Bourgeons axillaires le long de la tige | Sélection sur les bourgeons latéraux plutôt que sur la tête |
| Chou-fleur | Inflorescence immature | Transformation du méristème floral en masse charnue |
| Brocoli | Boutons floraux et jeunes tiges | Réorientation de la croissance vers les structures florales |
| Chou-rave | Tige renflée | Sélection sur l’épaississement de la tige |
| Romanesco | Inflorescence compacte | Organisation florale très poussée, visuellement spectaculaire |
| Chou chinois / pak-choï | Feuilles et pétioles | Cas proche, mais d’une autre espèce du genre Brassica |
Si l’on s’en tient aux grandes formes de Brassica oleracea, on a déjà un ensemble très lisible d’une dizaine de types. Dès qu’on ajoute les sous-groupes horticoles et les choux asiatiques souvent rangés dans la même famille d’usage, le total dépasse facilement la quinzaine et peut grimper au-delà de 20 selon la classification retenue. C’est ce décalage entre usage courant et botanique qui brouille souvent la réponse.
Ce qui brouille les cartes dans les classifications
Le problème n’est pas seulement scientifique, il est aussi lexical. Un même légume peut avoir plusieurs noms régionaux, plusieurs noms commerciaux ou plusieurs appellations historiques. Et inversement, un seul nom peut recouvrir des formes légèrement différentes selon les pays, les semenciers ou les habitudes culinaires.
- Les synonymes abondent : chou pommé, chou cabus et chou blanc renvoient souvent à la même grande forme.
- Les sous-groupes se chevauchent : le romanesco est parfois traité comme une forme à part, parfois rapproché du chou-fleur.
- Les noms culinaires simplifient : on regroupe des plantes très proches sous une étiquette pratique, pas sous une classification rigoureuse.
- Les frontières botaniques ne coïncident pas toujours avec l’assiette : certains “choux” du quotidien appartiennent à d’autres espèces du genre Brassica.
Je vois souvent cette confusion dans les discussions grand public : on cherche “le” nombre exact, alors que la vraie réponse dépend de la définition de départ. Dès qu’on accepte cette nuance, on peut passer à la partie la plus passionnante : ce que cette diversité dit de l’évolution des plantes.
Ce que cette diversité raconte sur l’évolution des plantes
Le chou est un excellent modèle pour comprendre la domestication, parce qu’il illustre une idée simple : une plante n’a pas une seule destinée biologique. En sélectionnant pendant des générations des caractères précis, l’être humain a orienté le développement de la même espèce vers des organes très différents. Ce n’est pas une transformation brutale, mais une accumulation de petits choix reproductifs.
Sur le plan évolutif, cela montre surtout la souplesse du développement végétal. Les plantes organisent leur croissance autour de structures modulaires : feuilles, tiges, bourgeons, inflorescences. Quand on modifie la balance entre ces modules, on obtient des morphologies radicalement différentes sans changer complètement l’identité génétique de base. C’est pour cela que le chou est souvent cité comme un cas d’école de sélection artificielle, c’est-à-dire d’évolution dirigée par les préférences humaines.
Cette histoire a aussi une portée plus large : elle rappelle que la biodiversité cultivée n’est pas seulement une collection de noms, mais un ensemble de trajectoires évolutives. Le chou n’est pas “un légume banal” au sens scientifique ; c’est une démonstration concrète de la façon dont l’environnement culturel peut remodeler une espèce.
La réponse utile à retenir quand on parle du nombre de choux
Si je devais donner une réponse simple et honnête, je dirais qu’il faut compter une dizaine à une quinzaine de grands types pour les choux cultivés les plus courants, plus de 20 groupes si l’on descend dans les subdivisions botaniques, et encore davantage si l’on mélange l’usage culinaire avec les espèces voisines du genre Brassica. C’est la fourchette la plus sérieuse, parce qu’elle évite le faux chiffre unique.
Le meilleur réflexe consiste à distinguer le nom de cuisine, le groupe botanique et l’espèce réelle. À partir de là, le sujet devient clair : la diversité des choux ne vient pas d’un grand nombre d’origines indépendantes, mais d’une même base biologique que l’évolution domestique a déclinée de façon remarquable. C’est précisément ce qui fait du chou un objet si intéressant pour comprendre la biologie et l’évolution.
